«Les intestins de la terre» (Aristote -2400 av JC) (p13)
«La charrue est l’une des plus anciennes et les plus précieux des inventions de l’homme ; mais longtemps avant qu’elle existât, le sol était de fait régulièrement labouré par les vers de terre et il ne cessera jamais de l’être encore. Il est permis de douter qu’il y ait beaucoup d’autres animaux aussi important que ces créatures, d’une organisation si inférieure.» (Darwin C.R., 1881, The formation of Vegetale Mould through the Action of Worms, with observations on their Habits)

Les sols du territoire français n’abritent pas moins de 150 espèces de vers. Le ver de terre est un acteur essentiel et indispensable au sein de notre écosystème. Son rôle est notamment capital dans la formations des sols.

Les vertus des galeries et des déplacements réalisés par les vers

Lorsqu’il se déplace, le ver créé d’innombrables galeries, de petits souterrains de taille miniature. Toutes ces cavités laissées par son passage présentent de nombreux atouts pour le sol et son équilibre.

Le drainage par action mécanique et physique

Selon Marcel Bouché, grand spécialiste français des lombriciens, pour un peuplement moyen de vers à l’hectare en prairie, sous 6 cm de profondeur, notre sol serait composé de 400 kilomètres de galeries de vers par hectare soit 400 mètre par m2. Les galeries verticales entres autres permettent à l’eau lorsqu’il pleut par exemple de pénétrer les sols plus facilement et favorisent nettement le drainage des sols. Cela a d’autant plus d’importance lorsque le sol est lourd et meuble et que les eaux ont beaucoup de mal s’y infiltrer après une averse importante ou une longue journée de pluie.

Il aère le sol

Tout d’abord, il est important de prendre en compte que l’air contenu dans le sol est bien plus pauvre en oxygène que celui de l’atmosphère. Les êtres vivants abrités par le sol utilisent et donc appauvrisse le taux d’oxygène et rejettent naturellement du gaz carbonique. Les galeries et aspérités créées par les lombrics permettent ainsi dans un premier temps au CO2 de quitter le sol et à l’oxygène également d’y pénétrer

Fertilisant, le ver, précieux auxiliaire, recycle et favorise le développement des racines

Le sol serait peuplé de pas moins de 2 à 3 tonnes de vers de terre, à l’hectare, qui peuvent y prospérer. Un article tiré du site du CNRS met en évidence le rôle de premier ordre que jouent le vers, les stars du sol, en ce qui concerne le développement des végétaux. Les vers ameublissent le sol. Celui-ci moins ferme permet un développement des racines plus facile, leur progression et leur croissance étant favorisée. L’apport en oxygène est également un atout pour elles. Celui de l’azote que rejette le ver dans ses excréments est lui aussi d’une importance essentielle. Marcel Bouché parle alors de lombrimixage et ses avantages pour la croissance des végétaux en commençant par leur racine.

Le rôle clé des excrétions des vers sur notre sol et son équilibre

Les vers de terre mangent tout au long de l’année, avec parfois une pause estivale. Les quantités qu’ils sont capables d’ingérer peuvent ainsi varier, selon les espèces, de 100 à 400 tonnes par hectare et par an, dont une partie est rejetée en surface sous forme de petits amoncellements, visibles surtout au printemps et en automne.

La fertilisation du sol et son enrichissement

Les vers se nourrissent et rejettent une quantité non négligeable d’excréments dans le sol. Ces excrétions se nomment les turricules. Ces déjections sont particulièrement riches en matières organiques et favorisent grandement l’enrichissement du sol. Les crottes de terre se trouvent généralement à la sortie des galeries des lombriciens. Celles-ci forment de véritables édifices pouvant atteindre 3 ou 4 cms. Le lombric joue un rôle important en ce qui concerne le cycle de l’azote et celui du développement des bactéries lors de ce transit quand le ver ingère la terre puis produit excréments. Les bactéries se développent dans l’intestin des vers et favorisent l’enrichissement de la terre ingérée. Concrètement cela représente pas moins de 100 tonnes par an à l’hectare. Les turricules présentent alors de nombreux avantages et sont d’une aide conséquente contribuant à la fertilisation du sol. Elles sont très riches en éléments minéraux et à titre d’exemple possède 5 fois plus d’azote assimilables par les racines de végétaux présentes sur le milieu. les galeries de manière analogique au gaz permettent et facilitent une remontée des éléments minéraux.

Ce que disait déjà Darwin à propos du ver de terre

Darwin évoquait dans ses écrits l’activité des fameux et inépuisables laboureurs du sol et nous faisait part des vertus des vers de terre sur la qualité du sol et sur notre milieux.

“La charrue est une des inventions les plus anciennes et les plus précieuses de l’homme, mais longtemps avant qu’elle existât, le sol était de fait labouré par les vers de terre et il ne cessera jamais de l’être encore. Il est permis de douter qu’il y ait beaucoup d’autres animaux qui aient joué dans l’histoire du globe un rôle aussi important que ces créatures d’une organisation si inférieure.”

Il mettait en évidence que l’action mécanique des vers dans le sol avait la particularité d’enfouir les cailloux et pierres plutôt de les faire remonter à l’instar d’une charrue ou par prolongement aujourd’hui du labour réalisés par les engins mécaniques.

Il a longuement étudié la couche superficielle qui recouvre le sol et le rôle que jouent les vers dans sa formation. Il dira d’ailleurs très justement pour mettre en exergue l’influence et l’importance de l’action des lombrics sur cet écosystème : “je fus amené à conclure que la terre végétale sur toute l’étendue d’un pays a passé bien des fois par le canal intestinal des vers et y passera bien des fois encore”.
A cet égard, le terme “terre animale” serait plus juste que celui communément utilisé de terre végétale

Les gestes qui favorisent la présence et la multiplication des vers de terre

Les actions préconisées pour le jardinage biologique ont des effets à priori favorables sur l’entretien et le développement des populations de vers dans le sol. Mais certaines sont à privilégier :
– Ameublir le sol sans retournement, en employant une grelinette ou une aérabèche par exemple. La permaculture qui proscrit tout travail du sol est aussi une méthode de culture qui favorise la présence et l’action des vers et micro-organismes dans la terre.

  • Éviter de laisser la terre à nue, soit en épandant des paillis au pied des cultures et dans les passe-pieds, soit en semant des engrais verts dans les planches qui ne sont plus cultivées pendant quelques semaines ou quelques mois.
  • Délaisser les engrais chimiques pour privilégier l’emploi de fertilisants organiques.
  • Amender le sol avec du compost ou des fumiers. Ces amendements sont plutôt répandus en surface, et ce d’autant plus qu’ils ne sont pas bien mûrs et décomposés.

Le ver de terre, menace destructrice pour les forêts américaines

Fort utile dans le potager, où il aère le sol en digérant la matière organique, le lombric est autrement moins utile aux forêts du continent nord américain. Sa présence modifie l’écosystème, si bien que des parcs demandent aux pêcheurs de jeter leurs vers de terre aux ordures pour ne pas menacer l’équilibre naturel. Pierre Gingras, journaliste spécialisé en horticulture et en ornithologie, explique à Catherine Perrin que ce sont les pêcheurs qui ont amené le ver de terre dans les forêts :
« Il y a 12 000 ans, lorsqu’il y a eu la grande glaciation, les vers de terre ont été éliminés du continent nord-américain, raconte Pierre Gingras. Tous les vers qu’on trouve au Québec, dans ce territoire qui est gigantesque, sont des vers exotiques : ils ont été importés. »

Collation problématique

Le problème est que le lombric, qui survit aux hivers nord américains, en se logeant à un mètre ou deux de la surface du sol, dévore la litière, qui est la couche de matière organique recouvrant le sol. « Quand le ver de terre rentre dans le sous-sol, il apporte de la matière organique, rapporte de la terre du sol, puis la remonte et mélange tout ça, précise le journaliste. C’est très bien dans un jardin, mais en forêt, ça change le PH, donc ça change la nature du sol. Ça change aussi, comme il digère et mange un peu de tout, l’aspect microbien et mycorhizien, ça change aussi les champignons… Ça change tout! Et on a constaté qu’effectivement, de nombreuses espèces indigènes ont tendance à disparaître tranquillement pour être remplacées par des espèces invasives qui viennent d’où? D’Europe, puisqu’elles sont habituées à vivre, depuis des millénaires, avec les vers de terre.»

  • Les vers de surface (aussi appelés vers de compost car ils prolifèrent dans les composts) ;
  • Les vers endogés qui vivent uniquement sous terre dans des galeries horizontales ;
  • Les vers anéciques qui vivent sous terre dans des galeries verticales et qui remontent en surface pour se nourrir.
Le travail intensif du sol a complètement éliminé les vers de terre de ce sol et sa qualité s’en ressent au vu de cette surface minérale durcie et presque imperméable à l’eau.

Le travail intensif du sol a complètement éliminé les vers de terre de ce sol et sa qualité s’en ressent au vu de cette surface minérale durcie et presque imperméable à l’eau.

Cet article concerne surtout les anéciques et, dans une moindre mesure, les endogés qui sont les seuls vers à creuser des galeries et à ingérer la terre. Je ne veux bien sûr pas dire là que les vers de surface sont sans intérêt, au contraire ! Il faut simplement comprendre que leur rôle est celui des recycleurs de la litière de surface, à l’instar de la grande majorité des autres animaux du sol (collemboles, acariens, mille pattes, cloportes, gastéropodes…)

Les cinq enseignements à retenir :

  • Ne plus travailler le sol ;
  • Mettre à profit leurs galeries pour remplacer le travail du sol, optimiser l’irrigation et favoriser la prospection des racines ;
  • Les nourrir en amenant de la cellulose ;
  • Ramener au sol les matières vertes produites au jardin ;
  • Mettre à profit leurs déjections pour optimiser la fertilisation des cultures.

Premier enseignement : ne plus travailler le sol

Turricule de vers de terre.

Turricule de vers de terre.

Les vers de terre vivent dans la terre, dans des galeries qu’ils ont eux-mêmes creusé en ingérant la terre située devant et en la rejetant derrière eux après avoir prélevée les nutriments qui les intéressent. Lorsqu’on bouleverse le sol, on vient détruire ces galeries et parfois même les vers de terre eux même. Les outils les plus destructeurs sont bien sûr les outils à socs, comme la charrue ou le motoculteur qui tuent les vers qui ont le malheur de se trouver sur leur passage et qui détruisent leur habitat et aussi le garde-manger de ceux d’entre qui remontent en surface pour se nourrir.

Ne plus travailler le sol permet donc tout simplement d’épargner la vie et l’habitat de ces petites bêtes.

Deuxième enseignement : mettre à profit leurs galeries pour remplacer le travail du sol, optimiser l’irrigation et favoriser la prospection des racines

La végétation à laisser au sol après destruction.

Bien sûr, remplacer le travail des outils (bêche, motoculteur, grelinette…) n’est pas toujours si simple. J’insiste ici seulement sur le fait qu’en forant le sol de part en part de leurs galeries, les vers de terre endogés et anéciques l’aèrent bien mieux et beaucoup plus en douceur que n’importe quel outil.

Ce travail du sol est ainsi répartit sur tout le profil du sol et consiste en des galeries de quelques millimètres de diamètre dans lesquels l’eau, l’air et les organismes du sol circulent aisément.

Le sol deux semaines plus tard : les dix premiers centimètres sont remplis de turricules de vers de terre…

En cas de pluie, même très violente, l’eau s’infiltre très rapidement à travers ce réseau de drainage naturel, évitant ainsi le ruissellement et l’érosion en surface. Une fois que les galeries sont remplies d’eau, celle-ci se diffuse par capillarité à l’ensemble du sol. Les vers de terres nous aident donc à valoriser au mieux l’eau qui tombe du ciel, aussi bien que celle qui tombe de nos arrosoirs. Ils sont une aide précieuse pour optimiser l’irrigation. En plus le sol criblé de galeries s’humectant par le bas (au fur et à mesure que les galeries se remplissent), cela incite les racines à explorer le sol en profondeur.

Ce profil de sol montre l’importance des galeries de vers de terre dans l’aération du sol ! Ces galeries sont également de voies privilégiées pour le développement des racines des plantes qui se frayent ainsi un passage très facilité vers les couches de sol profond et plus humide que la surface.

Troisième enseignement : nourrir les vers de terre en amenant de la cellulose (foin, feuilles…)

Racine dans une galerie de ver de terre.

La nourriture préférée des vers de terre se compose de matériaux riches en cellulose, comme de herbes ou des feuilles. Afin de les nourrir efficacement, il faut leur apporter cette nourriture en abondance, cela peut être facilement réalisé avec un apport de foin ou de feuilles mortes. En revanche, de la paille ou du BRF sont beaucoup plus ligneux et donc moins intéressant pour nourrir les vers de terre. Il se peut toutefois que vous observiez plus de vers de terre sur un sol paillé avec ces matériaux que sur un sol nu avoisinant, mais c’est plus dû à un meilleur maintien de l’humidité par ces matériaux qu’à leur capacité à être consommés par les vers.

Quatrième enseignement : ramener au sol les matières vertes produites par le jardin

Un mulch de foin : rien de tel pour nourrir notre élevage souterrain de vers de terre !

Un mulch de foin : rien de tel pour nourrir notre élevage souterrain de vers de terre !

Si ces matériaux naturels venaient à faire défaut chez vous, vous avez également la possibilité d’utiliser des papiers et des cartons (les choisir marron et sans inscription et en retirer les scotchs éventuels). Ces matériaux sont de la cellulose quasiment pure et peuvent donc nous aider à nourrir les vers de terre en plus de nous aider à limiter l’enherbement sans aucun travail du sol.

Bien sûr de telles matières riches en cellulose poussent directement dans le jardin, c’est ainsi que la plupart des résidus de culture, que ce soit au potager ou au jardin sont une nourriture de choix pour nos hôtes préférés ! Ramenez donc au sol toutes les matières végétales que vous ne récoltez pas !

En plus, vous pouvez aussi faire des cultures exprès pour les nourrir : ce sont les couverts végétaux qui, après destruction, ramènent une grande quantité de matières vertes au sol, les vers se délectent de celles-ci. Nourrir efficacement les vers de terre est donc un des multiples effets positifs des couverts.

En ramenant ainsi systématiquement au sol vos résidus de cultures et de couverts végétaux vous d’entretenez tout au long de l’année le garde-manger de nos amis souterrains ! C’est encore plus intéressant pour eux qu’un apport massif de foin une fois par an !

Cinquième enseignement : Mettre à profit leurs déjections pour optimiser la fertilisation des cultures

Un couvert végétal fin avril.

Un couvert végétal fin avril

Les déjections des vers de terre sont un peu particulières, les turricules, il s’agit d’un mélange intime de terre (les vers ingèrent de la terre pour creuser leurs galeries) et de matières organiques. Le tout très enrichit en micro-organismes (bactéries, protozoaires…).

Cette richesse en micro-organismes permet de rendre les éléments minéraux dont les plantes ont besoin d’être plus accessible dans les déjections des vers de terre que dans le sol environnant. En conséquence un sol riche en vers de terre permet de réduire la fertilisation des plantes ! Bien sûr il est très difficile de quantifier cet effet, mais il participe au fait que les jardiniers qui travaillent avec un sol vivant ont moins besoin de fertiliser que les autres !

Un ver de terre en train de déféquer : le début de la formation d’un turricule

Un ver de terre en train de déféquer : le début de la formation d’un turricule

En conclusion, ce cher Darwin avait donc vu juste : parmi les milliers d’animaux qu’il a étudiés, il a bien compris que ceux sont particulièrement importants dans le fonctionnement de nos sols et donc extrêmement utiles au cultivateur, qu’il soit céréalier ou jardinier sur quelques mètres carré ! Cela grâce au forage incessant du sol qu’ils réalisent et grâce à la richesse biologique et chimique de leurs déjections. Bien sûr pour bénéficier de tels effet, il faut respecter leur habitat en travaillant le moins possible le sol et les nourrir avec toutes sortes de matières riches en cellulose. Matières que l’on peut apporter ou bien produire sur place !


Marcel Bouché, grand spécialiste français des lombriciens


Marcel B. BOUCHE_Vers_de_terre
Marcel B. BOUCHE_Vers_de_terre
1619-vers-de-terre
1619-vers-de-terre

Liens, sources :

Pour aller plus loin sur les vers de terre

  • https://www.lombricomposteureco.fr/role-vers-lombrics-sol.html
  • https://www.rustica.fr/articles-jardin/vers-terre-aident-jardin-aidons,2706.html
  • http://ici.radio-canada.ca/emissions/medium_large/2015-2016/chronique.asp?idChronique=426074
  • https://www.24heures.ch/news/standard/pluie-gloire-pournos-amis-terre/story/12779968
  • http://jardinonssolvivant.fr/les-cinq-enseignements-que-jaurais-aime-recevoir-de-charles-darwin-pour-favoriser-les-vers-de-terre-dans-mon-jardin/
  • https://www.verslaterre.fr/tout-savoir-sur-les-vers/
  • https://www.bioactualites.ch/cultures/sol/ver-de-terre.html
  • http://www.lefigaro.fr/jardin/questions-reponses/2015/12/14/30010-20151214ARTFIG00252-sol-peut-on-reintroduire-des-lombrics.php
  • http://www.lefigaro.fr/jardin/2015/06/26/30008-20150626ARTFIG00360-le-ver-mangeur-de-lombric-se-repand-en-france.php
  • https://www.futura-sciences.com/planete/dossiers/zoologie-ver-terre-allie-jardin-1157/page/5/

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