Aujourd’hui, nous prenons conscience que l’agriculture intensive pratiquée depuis plus de 60 ans impacte l’environnement, la santé, est source de nombreux conflits et injustices. Une manière plus responsable de consommer s’impose peu à peu et incite les producteurs à adapter leur offre. Mais savons-nous ce qu’il y a réellement dans nos assiettes ?

Seulement 12% des espèces végétales cultivées nourrissent 75% de la population mondiale. Parmi les 2 100 000 variétés de graines paysannes existantes dans le monde, seulement 80 000 peuvent être commercialisées en France. Notre patrimoine alimentaire s’est drastiquement réduit depuis la révolution industrielle et les géants semenciers tentent de se l’approprier.

Heureusement, des acteurs se battent partout dans le monde pour le préserver. Le 20 novembre dernier, un nouveau règlement européen a même été adopté et devrait enfin permettre aux agriculteurs biologiques d’utiliser des semences paysannes. Ce règlement, s’il est confirmé par le Parlement européen, entrera en vigueur en 2021. C’est une petite victoire, mais le combat s’annonce encore long et épineux.

Le contrôle de la commercialisation des semences

La majorité de notre alimentation provient des graines, qui fournissent nos fruits, légumes et céréales. Pendant plus de 10 000 ans, elles étaient sélectionnées, semées et échangées librement par les paysans. Mais ces dernières décennies, la réglementation en vigueur a été renforcée en même temps qu’est apparue l’industrialisation de l’agriculture.

Les deux guerres mondiales du début du 20ème siècle ont renforcé dans les pays occidentaux la notion de sécurité alimentaire. Ces pays ont amélioré leur savoir faire pour produire en quantité nombreuse et subvenir aux besoins d’une population toujours croissante en cas de nouvelle menace. En 50 ans, la production française a ainsi doublé alors que le nombre d’agriculteurs a diminué de moitié.

C’est dans cette optique qu’en 1932, la France se dote du Catalogue Officiel Français des Espèces et Variétés, créé par le comité de contrôle des semences (aujourd’hui appelé le GEVES, Groupe d’Étude et de Contrôle des Variétés et des Semences). Ce catalogue permet d’éviter que différentes variétés soient vendues sous le même nom ou qu’une même variété ait des appellations différentes. Il assure les agriculteurs de l’identité et de la qualité des graines qu’ils achètent et donc des rendements associés. Lorsqu’une variété est inscrite au catalogue national, elle l’est aussi au catalogue de l’UE. Le catalogue français compte actuellement moins de 4% des variétés de semences existantes…

Pour contrôler la production agricole, un décret interdit en 1949 la commercialisation de semences hors catalogue. Ces semences, dites paysannes, peuvent être utilisées par les agriculteurs uniquement pour leur propre consommation ou pour nourrir leur bétail mais elles ne peuvent pas sortir de la ferme. Depuis 2016, les agriculteurs ont néanmoins obtenu l’autorisation de les échanger entre eux.

Les critères d’inscription au catalogue sont essentiellement de trois natures. On dit que la variété doit être DHS, c’est-à-dire :

  • Distincte : facilement reconnaissable parmi les autres variétés ;
  • Homogène : chaque variété doit fournir des produits identiques ;
  • Stable : l’agriculteur est garanti de retrouver la même semence d’une année à l’autre.

Le droit d’entrée à payer pour être inscrit au catalogue est prohibitif pour un indépendant. On assiste donc à une concentration et internationalisation des semenciers dans le même temps. Aujourd’hui, les 3 multinationales Monsanto, Dupont et Syngenta contrôlent 60% du marché mondial des semences.

La sélection et la manipulation génétiques

Dans les années 1950, l’homme invente les espèces hybrides F1 issues de sa propre sélection. Il choisit les meilleurs gènes et les synthétise pour pouvoir créer une super espèce en termes de productivité et non de qualité nutritive. Ces variétés clones poussent rapidement et produisent beaucoup de graines pour une récolte importante et homogène.

L’hybride F1, contrairement à l’espèce naturelle, s’autoféconde et n’a donc pas besoin d’assistants pollinisateurs comme les abeilles ou le vent. A chaque fécondation, le patrimoine génétique de la graine hybride est drastiquement réduit du fait de la consanguinité. La première génération d’hybrides F1 donne une graine très productive mais si elle est replantée à la saison suivante, le résultat sera beaucoup plus décevant. L’agriculteur est contraint de racheter chaque année ses graines hybrides pour s’assurer une récolte optimale. Il est donc dépendant des prix et variétés proposés par les industriels.

L’hybride F1 est également incapable de s’auto-immuniser et a besoin de pesticides. Les géants semenciers qui les produisent se sont donc également mis à fabriquer les pesticides associés, créant une dépendance encore plus accrue des agriculteurs. Or, on sait notamment par le scandale lié au glyphosate, que les pesticides ont un impact dévastateur sur l’environnement, la biodiversité et également la santé humaine.

Le catalogue de graines certifiées contient en grande majorité des semences hybrides F1 produites par les géants semenciers. Par exemple, 95% des espèces de maïs inscrites au catalogue sont des hybrides F1. Le maïs population, qui est une semence libre de droit, n’y figure pas.

En 1983, Monsanto dépose un brevet concernant le premier Organisme Génétiquement Modifié (OGM). Un OGM est un organisme vivant dont le patrimoine génétique a été modifié par l’homme par une technique appelée transgénèse. Cette technique permet d’isoler un ou plusieurs gènes d’un organisme et de les insérer dans le génome d’un autre organisme. Les OGM, contrairement aux hybrides F1, sont stériles et donc impossibles à replanter l’année suivante.

Aujourd’hui, Monsanto possède plus de 90% des OGM, le reste étant détenu par Syngenta, Dupont et Bayer. Les OGM les plus commercialisées sont le maïs, le soja et le coton. 40% de la part de marché liée à la production est détenue par les USA.

En France, il est interdit depuis 2008 de produire des OGM sauf pour expérimentation. Cependant, la majorité de la production d’OGM est destinée à nourrir le bétail, donc de nombreux produits commercialisés en France en contiennent. Les OGM nécessitent également l’utilisation de pesticides. Ceux-ci sont de plus en plus toxiques car la nature s’adapte et devient résistante.

En 1995, l’Organisation Mondiale du Commerce a déclaré que les micro-organismes et micro-processus présents dans la nature pouvaient être brevetés, autorisant ainsi les semenciers à être propriétaires des graines génétiquement modifiées. Or, les OGM sont volatiles et peuvent être déplacées par le vent ou un pollinisateur et ainsi contaminer un champ non OGM. La loi stipule que la culture ainsi contaminée n’appartient plus à l’agriculteur mais au titulaire du brevet, par exemple Monsanto ! Près de 140 agriculteurs américains ne cultivant pas d’OGM et ayant été contaminés par des champs voisins ont ainsi été poursuivis en justice par les semenciers pour atteinte à la propriété intellectuelle des graines…

Quelle différence entre semence paysanne, semence fermière et certifiée ?

La première est une semence ne pouvant être vendue et n’apparaissant pas au registre des semences, les suivantes sont des semences ayant le monopole de la commercialisation et faisant l’objet de brevet

Les semences paysannes, dites encore “de pays” ou “anciennes”, sont celles qu’un agriculteur prélève dans sa récolte en vue d’un semis ultérieur mais qui, contrairement aux semences de ferme, ne sont pas préalablement issues de semences certifiées achetées à un semencier. Les semences paysannes sont donc des semences directement issues de celles que les paysans ont sélectionnées et multipliées dans leurs champs avant le développement au XIXe siècle de la sélection variétale en lignée pure moderne. On parle couramment dans le cas des semences paysannes de variété population pour marquer l’importance de la diversité génétique au sein de la même variété. Ces semences représentent la majorité de celles utilisées en agriculture vivrière, et on estime à environ 1,4 milliard le nombre d’agriculteurs utilisant des procédés traditionnels de sélection. Longtemps négligées par les chercheurs, ces semences bénéficient d’un regain d’intérêt, notamment à la suite des actions d’agriculteurs, issus du monde développés comme de pays en développement, associés à différentes ONG, qui en montrent l’intérêt agronomique mais aussi écologique puisque favorisant fortement la biodiversité. La recherche, souvent participative, autour de ces semences, tout comme leur distribution et leur commercialisation se heurte toutefois à des obstacles juridiques et réglementaires tant au niveau national que supranational.

Les semences paysannes sont souvent confondues avec les semences fermières. Toutefois il s’agit de deux types de semences génétiquement très différentes.

  • les semences fermières sont la reproduction en ferme des semences-lignées produites par les sélectionneurs (ceci n’est possible que dans le cas de plantes autogames comme le blé),
  • les semences paysannes sont des variétés-populations distinctes des variétés-lignées ; elles sont issues de l’évolution dynamique des variétés traditionnelles.

Pour prendre une image musicale, les semences fermières correspondent à la reprise d’une chanson dont l’auteur est connu. Les semences paysannes correspondent à l’adaptation de chansons folkloriques dont les auteurs initiaux ne sont pas connus.

La loi du 8 décembre 2011* légalise la production de semences de ferme de variétés protégées en contre-partie d’une rémunération de l’obtenteur de la variété. La production de semences de ferme de variétés du domaine public est possible et gratuite.

Le sale coup porté par la loi biodiversité aux échanges de semences entre jardiniers amateurs

La loi sur la biodiversité soumet paradoxalement l’échange de semences entre jardiniers amateurs à de nouvelles contraintes sanitaires. L’échange entre agriculteurs est en revanche facilité.

La loi pour la reconquête de la biodiversité, promulguée le 8 août 2016, se révèle finalement très ambivalente en matière d’échange de semences. Si elle contient une disposition favorable à l’échange de semences entre agriculteurs, un deuxième article aboutit à l’effet inverse de l’objectif recherché en imposant de nouvelles contraintes aux échanges entre non-professionnels.

Avancée majeure pour les agriculteurs

Du côté des avancées, la loi élargit la possibilité pour les agriculteurs d’échanger des semences n’appartenant pas à une variété protégée par un droit de propriété industrielle. Cette possibilité n’était jusque là ouverte qu’aux agriculteurs membres d’un groupement d’intérêt économique et environnemental (GIEE).

Le collectif Semons la biodiversité salue “une avancée majeure pour la réalisation des objectifs de l’agro-écologie paysanne“. Un votequi permettra d’augmenter la résilience de nos systèmes agricoles face au changement climatique“, se félicite également le sénateur écologiste Joël Labbé.

En revanche, un autre article de la loi avait pour ambition première de faciliter les échanges entre jardiniers amateurs et la vente à ces derniers de semences par les associations à but non lucratif. Plusieurs associations de défense des semences paysannes avaient déjà pointé les insuffisances du texte voté définitivement par l’Assemblée nationale le 20 juillet. Mais, entre-temps, le Conseil constitutionnel lui a porté un coup fatal.

Reconnaissance formelle d’un droit existant

Le texte qui en ressort est finalement le suivant : “La cession, la fourniture ou le transfert, réalisé à titre gratuit de semences ou de matériels de reproduction des végétaux d’espèces cultivées de variétés appartenant au domaine public à des utilisateurs finaux non professionnels ne visant pas une exploitation commerciale de la variété n’est pas soumis aux dispositions [de l’article L. 661-8 du code rural], à l’exception des règles sanitaires relatives à la sélection et à la production“. L’article L. 661-8 impose des contraintes de sélection des semences, d’inscription au Catalogue officiel et de traçabilité.

La loi clarifie les règles pour les échanges de semences pour l’usage des jardiniers amateurs“, se félicite le ministère de l’Environnement. La possibilité d’échange des semences à titre gratuit entre particuliers, sans l’obligation de se soumettre à ces contraintes, est pourtant déjà reconnue par la jurisprudence. Par une décision du 9 septembre 2014, la cour d’appel de Nancy “exclut expressément du champ de la législation (…) les échanges de semences entre jardiniers amateurs“, rappelait l’avocate Blanche Magarinos-Rey, qui avait défendu l’association Kokopelli dans cette instance.

Pour les semences et les plans fruitiers, c’est la reconnaissance explicite d’un droit qu’aucun texte réglementaire n’interdit“, confirme le collectif Semons la biodiversité. “Pour la vente de plants de légumes jusqu’alors totalement interdite en l’absence d’enregistrement de la variété au catalogue, c’est une nouveauté“, reconnaît en revanche le collectif.

“Règles sanitaires inapplicables pour les jardiniers amateurs”

Le texte voté par l’Assemblée allait cependant plus loin puisqu’il prévoyait de soustraire également à ces obligations les ventes aux particuliers réalisées par les associations à but non lucratif. Fin juillet, le collectif Semons la biodiversité avait déjà jugé insuffisante cette disposition. “Les principaux vendeurs de plants de légumes non industriels sont des petits maraîchers : leur activité n’est toujours pas reconnue“, déplorait-il.

Entre-temps, le Conseil constitutionnel, par sa décision du 4 août, a invalidé cette dernière disposition à la demande des députés d’opposition, qui avaient fait valoir qu’elle contredisait le principe d’égalité. Mais, explique Guy Kastler, responsable semences et OGM à la Confédération paysanne, étant donné que l’article avait été élargi aux ventes de semences par les associations, le ministère de l’Agriculture avait fait voter un amendement précisant que les règles sanitaires relatives à la sélection et à la production des semences étaient applicables.

Résultat ? “Il ne reste que les aspects négatifs de cet article“, s’indigne le représentant du syndicat paysan. Les échanges de semences sont désormais “tous soumis aux mêmes plans de contrôle et analyses sanitaires, certes indispensables pour les productions industrielles, mais totalement inapplicables par l’immense majorité des jardiniers amateurs“, dénonce Semons la biodiversité.

Seule consolation pour les défenseurs des semences traditionnelles, cette inapplicabilité sur le terrain, d’autant que ces nouvelles contraintes vont à l’encontre de la volonté initiale du législateur. Juridiquement, l’adoption du projet de règlement européen sur la santé des végétaux, qui devrait distinguer les opérateurs non-professionnels des professionnels, pourrait constituer une porte de sortie.

Obstacles au développement des semences paysannes

  • Environnement juridique très peu favorable.
  • Divers obstacles techniques tous liés à la petite taille de l’emblavement : manque de matériel de triage et de récolte adapté, information difficile à rassembler et ou transmettre, savoir-faire à reconstituer…
  • Manque de collaboration de la recherche scientifique.

L’apparition en France du concept de semences paysannes

En 1998, une proposition de loi européenne (98/95/CE) annonce en préambule l’intérêt des variétés locales, des « landraces » et introduit le terme de « variété de conservation ». La Directive 2008/62/CE pour les grandes cultures issue de ce travail introduit des dispositions où le terme de « landraces » est diversement traduit : si dans la plupart des pays, le terme est traduit par « variétés locales » ou « variétés de pays », en France il est rendu par « races primitives » et en Italie par « écotypes »*.

En 2001 l’association AgroBio Périgord initie un projet d’expérimentation sur les variétés de populations de maïs.

Ce néologisme apparaît en 2003 à l’occasion du colloque d’Auzeville* . Il n’est d’ailleurs pas alors explicitement défini ; sa signification est même d’abord laissée délibérément ouverte au début tandis qu’une pétition11 intitulée « Sauvons les semences paysannes » recueille 50 000 signatures en septembre 2004. Les premières assemblées générales du réseau Semences Paysannes travailleront à définir ce qu’est une semence paysanne.

En 2009 le Réseau Semences Paysannes donne cette définition : « Nous entendons par « variétés paysannes », les variétés que nous, paysans, sélectionnons et que nous ressemons et continuons à faire évoluer dans nos champs pour les adapter à de nouvelles nécessités agronomiques, alimentaires, culturelles, ou dues aux changements climatiques. Nous considérons que ces activités sont un droit imprescriptible de chaque paysan, chaque jardinier et qu’il nous appartient de plein droit de gérer collectivement le « patrimoine génétique » issu de milliers d’années de travail de nos ancêtres paysans ».

Cette appellation “Semence Paysanne” désigne des variétés non hybrides, libres de droit de propriété qui peuvent être ressemées et sélectionnées par l’agriculteur sur sa ferme. Cette appellation vise à distinguer ces semences autant des semences de ferme que des semences certifiées développées à partir du xixe siècle et généralisée au xxe siècle.

Sur les 18 millions d’hectares cultivés en France, 2 000 hectares utilisent des semences paysannes, soit 0,01 % des surfaces tandis qu’à l’échelle mondiale, quatre multinationales contrôlent 50 % du marché*.

Un mouvement mondial

Le renouveau des semences paysannes s’effectue simultanément dans plusieurs pays, notamment au Brésil et en Syrie (rappelons que la Syrie est le berceau historique du blé).

Les organisations collectives de gestion des semences paysannes sont apparues au Brésil dans les années 1980.

En Europe, des réseaux se structurent autour de ce thème, en France ( Réseau Semences paysannes) en Espagne (Red de semillas) en Italie (Rete Semi Rurali) en Angleterre (Heritage Seed Library) en Allemagne et en Autriche (Interessengemeinschaft für gentechnikfreie Saatgutarbeit) et en Hongrie (Protect the Future).

Renouveau des semences paysannes en France

Une initiative de paysans et de trieurs qui rencontre d’abord un timide appui de quelques chercheurs. En mai 2005 dans le cadre de la convention liant l’INRA à la confédération paysanne s’est tenu à Angers un colloque « Quelles variétés et semences pour des agricultures paysannes et durables* », qui a officialisé la coopération entre les réseaux de paysans-sélectionneurs et la recherche agronomique.

En novembre 2006 se tient à Djerba la rencontre méditerranéenne sur les semences paysannes.

En juin 2009 RSP organise quatre journées de rencontres entre paysans venant d’Europe et de quelques pays Méditerranéens « Renaissance de la biodiversité céréalière et du savoir-faire paysan »(RENABIOS).

En 2011, la Coordination Rurale s’oppose au projet de loi COV (Certificats d’obtention végétale) contre les semences fermières.

En septembre 2012 le Réseau Semences Paysannes organise au Centre des Congrès de Boulazac, dans le Périgord, les Rencontres Internationales des Maisons des Semences Paysannes.

Le cas du Brésil

La loi de semences N°10.711 parue en 2003, qui reconnaît l’existence des « cultivars locaux, variétés traditionnelles et créoles » autorise les membres de communautés paysannes à « multiplier ces semences et plants, à les donner, échanger et commercialiser entre eux » ; ces semences sont en outre exemptées de toute inscription au catalogue officiel brésilien.

Ces variétés sont ainsi définies :

  • elles sont « développées, adaptées et produites par des structures agricoles familiales, autochtones ou issues de la réforme agraire » ;
  • elles ont des caractères phénotypiques bien définis et reconnus par les différentes communautés locales ;
  • leur distinction s’opère suivant des critères socioculturels et environnementaux établis par le Ministère de l’Agriculture qui ne doivent pas être « substantiellement similaires » à ceux des variétés commerciales.

Le cas de l’Italie

Entre 1997 et 2004, huit des dix-huit gouvernements régionaux de l’Italie ont adopté leurs propres lois sur les ressources génétiques locales (La Toscane une première fois en 1997 ; le Latium en 2000 ; puis les Abruzzes, Molise, l’Ombrie, le Trentin Haut Adige, le Frioul-Vénétie Julienne et la Marche ; la Toscane en novembre 2004).

Au niveau national une loi sur les semences est édictée en 2001 qui transpose la directive 98/95/EC.

Dégringolade des nutriments contenus dans les produits issus de la semence fermière et certifiée… tant en culture intensive qu’en culture hors sol.

Une dizaine d’études d’universités canadiennes, américaines et britanniques, publiées entre 1997 et aujourd’hui, font état d’une dégringolade de la concentration en nutriments dans nos aliments.

Pour retrouver les qualités nutritionnelles d’un fruit ou d’un légume des années 50, il faudrait aujourd’hui en manger une demi-cagette !

Vitamine C : une pomme hier = 100 pommes aujourd’hui

Hier, quand nos grand-parents croquaient dans une transparente de Croncels, ils avalaient 400 mg de vitamine C, indispensable à la fabrication et à la réparation de la peau et des os. Aujourd’hui, les supermarchés nous proposent des bacs de Golden standardisées, qui ne nous apportent que 4 mg de vitamine C chacune. Soit cent fois moins.

Philippe Desbrosses, docteur en sciences de l’environnement à l’université Paris-VII et militant pour la préservation des semences anciennes, déplore :

« Après des décennies de croisements, l’industrie agroalimentaire a sélectionné les légumes les plus beaux et les plus résistants, mais rarement les plus riches sur le plan nutritif. »

Vitamine A : une orange d’hier = 21 oranges d’aujourd’hui

Précieuse pour notre vue et nos défenses immunitaires, la vitamine A est en chute libre dans 17 des 25 fruits et légumes scrutés par des chercheurs canadiens dans une étude synthétisée pour CTV News [PDF].

Le déclin est total pour la pomme de terre et l’oignon qui, aujourd’hui, n’en contiennent plus le moindre gramme. Il y a un demi-siècle, une seule orange couvrait la quasi-totalité de nos besoins quotidiens – les fameux AJR (apports journaliers recommandés) – en vitamine A.

Aujourd’hui, il faudrait en manger 21 pour ingurgiter la même quantité de la précieuse vitamine. De même, une pêche des années 50 équivaut à 26 pêches aujourd’hui.

Fer : la viande en contient deux fois moins

Au début de la chaîne, il y a la céréale. Blé, maïs et soja sont aujourd’hui plus pauvres en zinc, en cuivre et en fer qu’il y a cinquante ans. Appauvries par des décennies d’agriculture intensive et de sélections variétales, ces céréales réapparaissent dans l’auge de nos bêtes, qui, par répercussion, se trouvent moins bien nourries que leurs ancêtres.

En bout de chaîne, l’animal devenu steak apportera moins de micronutriments dans nos assiettes. Tel est l’effet domino identifié par le chercheur américain David Thomas. Dans son étude publiée dans la revue Nutrition ‘amp; Health, il constate qu’à poids égal, un même morceau de viande apporte deux fois moins de fer qu’un demi-siècle auparavant.

Autre dommage collatéral : le lait « a perdu ses acides gras essentiels », déplore Philippe Desbrosses. Des acides essentiels à nos membranes cellulaires, notre système nerveux et notre cerveau. Naturellement présents dans l’organisme en très petite quantité, ils doivent nous être apportés par l’alimentation.

Calcium : quatre fois moins dans le brocoli

Mauvaise nouvelle. Si le brocoli figure sur la liste de ces légumes que vous ne consentez à avaler qu’en pensant à votre santé, vous n’avez pas fini de grimacer. Alors que ce chou venu du sud de l’Italie contenait 12,9 mg de calcium – allié de la construction osseuse et de la coagulation du sang – par gramme en 1950, ils n’en renfermait plus que 4,4 en 2003, selon une étude de l’université du Texas, soit quatre fois moins.

Si vous comptiez sur lui pour compenser la carence en fer de votre steak, c’est également loupé. Il vous faudrait en mettre six fois plus dans la soupe pour obtenir les mêmes bienfaits que par le passé. Sur les 25 légumes étudiés par l’équipe de recherche canadienne, 80% ont vu leur teneur en calcium et en fer décliner.

Le bio est-il une solution ?

Les facteurs de ce déclin sont multiples. Des sols plus pauvres, des végétaux cueillis trop tôt, des traitements de conservation plus fréquents, des croissances plus rapides dopées par les engrais et une réduction du nombre de variétés, sélectionnées pour leur résistance aux parasites et leur rapidité de croissance…

Autant d’éléments imputables à une quête de meilleurs rendements. Résultat, « pour le maïs, le blé et le soja, plus le rendement est important, plus le contenu en protéines est faible », note Brian Halweil, dans son étude. Même schéma pour les concentrations de vitamine C, d’antioxydants et de bêtacarotène dans la tomate : plus les rendements augmentent, plus la concentration de nutriments diminue [PDF].

A contrario, « l’agriculture biologique peut contribuer à inverser la tendance », indique Brian Halweil dans son étude. De fait, à conditions climatiques équivalentes :

«Les aliments bios contiennent significativement plus de vitamine C, de fer, de magnésium et de phosphore que les autres»

Choisir des aliments mûrs

Le chercheur met pourtant en garde :

« Si les agriculteurs bios développent un système riche en intrants avec des rendements comparables aux exploitations conventionnelles, le bio verra son avantage nutritionnel s’éroder. »
De même, si les produits bios sont cueillis avant maturité, ils sont finalement moins riches en nutriments que des produits mûrs de l’agriculture traditionnelle. Seule stratégie pour remettre de la vie dans son assiette : choisir des aliments mûrs, produits de manière non intensive et partir à la chasse aux variétés oubliées.

Les combats actuels pour la liberté des graines

Depuis les années 1980, différents acteurs se battent localement pour préserver le patrimoine génétique de notre alimentation. En voici quelques exemples :

Vandana Shiva

Vandana est une écologiste, écrivaine et militante féministe indienne. Elle a ouvert aujourd’hui plus de 60 banques de graines vivantes en Inde. Les graines sont disponibles gratuitement pour les paysans. Elle lutte contre le brevetage du vivant et a également instauré des formations pour apprendre aux paysans à cultiver leurs terres tout en respectant l’environnement.

Les banques de graines vivantes

En 1926, le botaniste et généticien russe Nikolaï Vavilov crée l’Institut pansoviétique de botanique appliquée et de nouvelles cultures de Léningrad qui devient la première banque de graines au monde. Nikolaï a initié les recherches sur l’origine de l’agriculture et a constaté que les cultures peuvent s’auto-immuniser si on laisse faire la nature au lieu de sélectionner les variétés. En 1941, lors du siège de Leningrad faisant partie du plan famine mis en place par les Nazis, les scientifiques de l’Institut préfèrent souffrir de la faim plutôt que de manger la collection de graines pour protéger les 400 000 échantillons préservés. Aujourd’hui cette banque de graines existe toujours et est la banque la plus vivante au monde. Elle permet de réhabiliter des graines ayant disparu dans leur pays d’origine à cause des guerres ou du climat.

Pierre Rhabi

Paysan, écrivain et penseur français d’origine algérienne, il est l’un des pionniers de l’agriculture écologique en France. Il soutient le développement de pratiques agricoles respectueuses de la terre et accessibles à tous, tout en défendant le patrimoine alimentaire. Il est aujourd’hui reconnu expert international pour la sécurité alimentaire et cherche à redonner leur autonomie alimentaire aux populations.

Kokopelli

Kokopelli est une association française créée en 1999 qui distribue aux agriculteurs du monde des semences issues de l’agriculture biologique, des semences paysannes et anciennes, afin de préserver la biodiversité. L’association a permis de démocratiser le débat en France sur la libre reproduction des graines.

Le Réseau Semence Paysanne

Le réseau, né en 2003, est constitué de 80 organisations défendant la biodiversité cultivée. Il encourage les agriculteurs utilisant des semences paysannes à ne plus se cacher pour reconnaître à ces semences la possibilité de circuler, d’être vendues ou échangées. Il favorise la diffusion des savoirs sur la reproduction des semences et l’entraide entre agriculteurs.

Des clics de conscience

« Des clics de conscience » est une aventure-documentaire incarnée par Alexandre et Jonathan, deux cousins qui se sont mobilisés au côté de jardiniers pour préserver les semences traditionnelles. Leur aventure a commencé en 2015 lorsqu’ils ont lancé la pétition #YesWeGraine. Grâce aux milliers de signatures reçues, ils interpellent les sénateurs pour que leurs amendements au texte de loi sur la biodiversité soient votés. Le film met en lumière l’éclosion d’un lobbying citoyen tourné vers le bien commun.

Le Seed Tour

Auriane Bertrand se lance dans un petit tour du monde à la rencontre des personnes qui luttent pour préserver les semences paysannes. Après une campagne de financement participatif, elle débutera son voyage en janvier par le Mexique. Vous pouvez suivre son aventure sur son blog https://seedtour.org/.

Et nous, en tant que consommateur ?

Aujourd’hui nous pouvons nous informer via des associations comme les AMAP, SOL, ou les organismes de veille citoyenne ETC Group ou Inf’OGM. Les légumes anciens ou paysans commencent progressivement à faire leur retour et nous réalisons que nous ne connaissons qu’une infime partie de toutes les variétés existantes ! Dans nos esprits, une tomate doit être ronde et rouge mais c’est parce que nous n’en connaissons que la variété standardisée. Ensemble, les consommateurs peuvent peser dans le débat.

Nous avons un vrai poids dans les décisions de production, à travers nos choix de consommation. L’expansion du bio en est un bel exemple. Les producteurs et distributeurs ont fini par s’adapter à la demande, ainsi que les politiques publiques. Le nouveau règlement européen adopté le 20 novembre dernier pourrait aider à changer la donne. En effet, jusqu’à maintenant les agriculteurs bio devaient utiliser les mêmes semences que pour l’agriculture conventionnelle. Or, il était difficile d’obtenir de bons rendements en bio avec ces semences fragiles nécessitant des pesticides. Le règlement rend notamment accessibles aux agriculteurs bio les variétés paysannes anciennes qui seront répertoriées dans une base de données alimentée par les producteurs eux-mêmes sans frais. Une certaine maîtrise des semences sera redonnée aux agriculteurs qui pourront multiplier, échanger et vendre leurs propres graines. L’agriculture biologique va peut-être encore une fois jouer le rôle de pionnier.

Julie OLIVIER

Propriété intellectuelle

Le concept de semences paysannes est une marque déposée, notamment par l’association loi 1901 Réseau Semences paysannes, et protégée à ce titre par l’INPI

Réseau Semences Paysannes
3, avenue de la Gare
47190 AIGUILLON
Tel : 05 53 84 44 05
www.semencespaysannes.org


Les sols sont devenus un non sujet

sols

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Manuel pratique de la culture maraîchère de Paris (1845) de Moreau & Daverne

LIVRE_Manuel-pratique-de-la-culture-maraichere-de-Paris-(1845)_de-Moreau-et-Daverne

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Plaidoyer au sujet des relations Humain Animal

PAROLES_PAYSANNES_confederationpaysanne-PRESSE

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Sources

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