Le naturaliste genevois est devenu l’un des plus grands spécialistes des abeilles de son époque sans pouvoir les voir : il était aveugle et réalisait ses recherches à travers les yeux et les mains de son fidèle domestique, François Burnens

François Huber, Genevois, adolescent, dessiné par son père

dessin du jeune François Huber, réalisé par son père

A l’âge de 20 ans, François Huber (1750-1831) cultive deux passions: Marie-Aimée Lullin, une jeune femme de la bonne société genevoise dont il est tombé amoureux quelques années auparavant et qui lui voue des sentiments réciproques, et les sciences naturelles. Une maladie des yeux, apparue à ses 15 ans et qui le rend alors totalement aveugle, menace cependant de tout gâcher. Son mariage, d’abord, car son futur beau-père n’en veut plus, jugeant inconcevable que la fortune qu’il laissera en héritage tombe entre les mains d’un non-voyant. Sa pratique d’observateur de la nature ensuite, puisque sans l’usage de ses yeux, la tâche semble impossible.


Voici les principales découvertes de François Huber :
  • Vers 1790, Huber a probablement été le premier à pratiquer l’insémination artificielle : p. 466 * ;
  • Huber démontra que la reine ne devient féconde que dans ses voyages aériens et que, quand cette fécondité est tardive, elle ne pond que des œufs de faux-bourdons : p. 465 * ;
  • une colonie sans reine depuis 24 heures accueille sans difficulté une autre reine (Réaumur avait établi le fait ; Huber décrit la manière) : p. 469 * ;
  • Réaumur en 1740 avait décrit la collecte de propolis par les abeilles ; Huber s’arrangea pour qu’elles le collectent à un endroit où on pouvait les observer : p. 562 ;
  • à partir d’une observation de Huber et avec l’aide de Mlle Jurine, il montra indiscutablement que la cire a son origine dans des glandes cérifères ;
  • Huber trouva des plaques d’une substance semblable à la cire sous les ailes abdominales des abeilles ; il démontra que la cire était sécrétée pourvu que les abeilles aient accès à du miel ou une autre source de sucre : p. 563 ;
  • Huber observa et décrivit la construction des rayons de miel : p. 564 ;
  • Huber observa que les faux-bourdons étaient déjà en vol quand la reine se présentait : p. 570 ;
  • Huber distingua clairement la nourriture des ouvrières de la gelée royale, destinée aux futures reines : p. 578.
  • il confirma la découverte du pasteur Schirac sur la faculté que possèdent les nourrices de changer les larves d’ouvrières en larves royales ;
  • il découvrit que les abeilles ouvrières peuvent pondre des œufs de faux-bourdons, et indiqua les causes accidentelles de cette fécondité ;
  • il fit connaître les circonstances variées qui donnent lieu au combat des reines entre elles, et ce qui résulte de la substitution d’une reine étrangère à la reine naturelle ;
  • il expliqua l’origine et l’histoire des essaims ;
  • il raconta la manière dont les larves filent la soie de leur coque, et trouva la raison pour laquelle la coque des jeunes reines est ouverte à son extrémité ;
  • il prouva que le principal usage des antennes est de permettre aux abeilles de se distinguer les unes des autres ;
  • il observa le premier la ventilation qu’opèrent les abeilles pour renouveler l’air dans leurs ruches ;
  • il avait fait connaître l’origine de la propolis, il éclaira par des expériences positives celle de la cire, qui était un point fort obscur de l’histoire des abeilles ;
  • il distingua les ouvrières qui la fournissent de celles qui la mettent en œuvre ;
  • enfin, après des essais ingénieux et multipliés, il réussit à forcer les ouvrières de sculpter leurs cellules sous ses yeux. »

Ajoutons à cela que Huber a suivi une méthode scientifique rigoureuse, et ce n’est pas le moindre de ses mérites. Il a aussi conçu la ruche à cadres mobiles, qu’il appelait la « ruche en livre » et il a prouvé que les abeilles, en cas de danger, rétrécissaient intentionnellement l’entrée de la ruche.

* Les numéros de page renvoient à l’ouvrage de Eva Crane, The world history of beekeeping and honey hunting, Londres, Taylor & Francis, 1999, 720 p.


Observations On Bees _ de François Huber

Obersations on Bees _ François Huber

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sources:

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